
ENSWEA parie sur l’échange de batteries pour les camions, plutôt que sur la recharge
Échanger une batterie déchargée contre une batterie pleine plutôt qu’immobiliser un camion tout le temps de le recharger : c’est le pari d’ENSWEA, qui vient d’intégrer l’Incubateur Provence Côte d’Azur. Porté par Julien Colas, le projet azuréen entend faciliter l’électrification du transport routier en faisant de l’échange de batteries le pivot stratégique pour en lever les freins. Le modèle envisagé repose sur un abonnement : ENSWEA resterait propriétaire des batteries, assurerait leur recharge, leur entretien et exploiterait les stations d’échange. Pour le transporteur, l’objectif est de limiter l’investissement initial et de préserver les rotations de ses véhicules. “Les transporteurs savent que l’électrique arrive. Ce qu’ils refusent, c’est d’y laisser leur trésorerie et leurs rotations”, résume le fondateur.
Le cœur de l’innovation porte sur l’interface entre la batterie et le camion. Ce dispositif doit permettre des remplacements répétés, avec une fixation mécanique durable et des connexions électriques sécurisées. ENSWEA souhaite développer un pack de batterie standard, compatible avec les véhicules équipés de son interface. Sur les cinq briques technologiques prévues, quatre doivent être codéveloppées avec des partenaires industriels, tandis que cette interface centrale sera développée en propre avec l’appui d’un laboratoire de recherche publique régional. Ingénieur diplômé des Arts et Métiers, Julien Colas apporte vingt ans d’expérience dans les énergies renouvelables, dont treize au sein du groupe CVE (Changeons notre Vision de l’Energie). Il s’entoure de compétences en finance et en développement d’infrastructures, constitue un comité stratégique et recherche des associés et premiers collaborateurs, notamment pour la direction technique et le développement commercial.
La première étape sera de démontrer que la solution fonctionne et présente un intérêt économique. Julien Colas vise un prototype roulant en 2027, avec l’appui de transporteurs locaux. À ce stade, les échanges de batterie seraient réalisés manuellement, à l’aide d’un transpalette, avant d’envisager leur automatisation. L’homologation et la sécurité figurent parmi les points clés à résoudre. Pour entrer sur le marché, ENSWEA privilégie les “flottes captives” : des véhicules effectuant des rotations régulières et revenant sur un même site, où une station pourrait être installée. Le déploiement sur les grands axes de fret, en commençant par l’arc méditerranéen, constitue une ambition ultérieure, après validation technique et économique du dispositif.
L’incubation doit aider ENSWEA à transformer cette ambition industrielle en entreprise structurée. Julien Colas attend d’abord un soutien pour compléter l’équipe fondatrice, puis pour financer l’amorçage grâce à des prêts d’honneur, des aides à l’innovation et des investisseurs susceptibles de participer à une première levée de fonds. L’accompagnement doit également porter sur la propriété intellectuelle et l’accès aux laboratoires, industriels, énergéticiens et transporteurs du réseau de l’incubateur. Au-delà des conseils et des mises en relation, le fondateur recherche l’appui d’un tiers de confiance pour convaincre ses futurs partenaires. Son cap : établir la preuve de la fiabilité et de la rentabilité de l’échange de batteries, puis contribuer à l’émergence d’une filière française et européenne dédiée aux poids lourds.

HawQ-ai : tester ce que voient les caméras de vidéosurveillance avant de les installer
À Sophia Antipolis, HawQ-ai veut éviter que les faiblesses d’un système de vidéosurveillance ne se découvrent après son installation. Le projet porté par Abdelhadi Lammini propose de reproduire un site sur ordinateur pour vérifier ce que ses caméras pourront réellement voir et ce que leur intelligence artificielle saura détecter. Aujourd’hui, explique l’entrepreneur, ces installations sont encore souvent conçues manuellement sur des plans en deux dimensions, avec des écarts entre le dessin et le terrain. Sur un terminal d’aéroport équipé de 500 caméras, l’équipe a mesuré une couverture de seulement 57% de la surface au niveau de détail requis. L’objectif est donc de repérer les angles morts et les insuffisances avant la pose, plutôt que de devoir corriger l’installation après coup.
La solution repose sur un jumeau numérique, une reproduction virtuelle du lieu : une vidéo du terrain permet de reconstruire le bâtiment en trois dimensions, puis d’y simuler les caméras et de mesurer leur couverture, pièce par pièce. Deux premiers logiciels, Vanguard et Sentinel, constituent les premières briques de cette plateforme. Selon Abdelhadi Lammini, un premier produit est prêt à être commercialisé et a déjà fait l’objet d’un test jugé concluant sur un projet d’aéroport à Luanda, en Angola. Le second, destiné à reproduire plus fidèlement l’environnement, à simuler les capteurs et à tester l’IA, doit être prêt dans quatre à cinq mois. L’équipe prépare ces expérimentations avec un grand groupe espagnol, premier client potentiel, avec une nouvelle phase de tests envisagée début 2027.
Issu d’Inria Startup Studio, HawQ-ai réunit deux docteurs aux compétences complémentaires : Abdelhadi Lammini, spécialiste des jumeaux numériques, et Soumaya Boussaha, spécialisée en cybersécurité. Ils sont accompagnés par Inria et le LISPEN, laboratoire d’Arts et Métiers, avec lequel deux thèses sont en préparation et un recrutement de doctorants est engagé. L’ambition est de prolonger la plateforme par des outils d’étude sur site et d’installation guidée en réalité mixte, mêlant informations numériques et environnement réel. À plus long terme, l’équipe veut aussi éprouver les IA de perception face à des attaques contrôlées, afin d’en identifier les vulnérabilités. Au-delà des aéroports, elle vise les ports, centres de données, musées, banques et installations sensibles, mais aussi les intégrateurs chargés de sites équipés de quelques dizaines de caméras.
L’entrée à l’Incubateur Provence Côte d’Azur doit désormais aider le projet à franchir le cap commercial et à structurer l’entreprise. Parmi les priorités des dix-huit prochains mois figurent les contrats de licence, la création d’une SAS, le pacte d’associés et la stratégie de propriété intellectuelle. L’équipe souhaite également mobiliser 100 000 euros de financements non dilutifs (sans ouverture du capital) et préparer une candidature au concours i-Lab. Abdelhadi Lammini ne prévoit pas de levée de fonds à ce stade : il privilégie les premières ventes et les aides à l’innovation pour financer progressivement le développement. De l’incubation, il attend donc avant tout un appui pour transformer les premiers essais en contrats, sécuriser les financements et donner à HawQ-ai les moyens de ses ambitions.

OnTheFly : avec votre smartphone, la capture 3D aussi simple qu’une vidéo
Issue de la recherche d’Inria à Sophia Antipolis, OnTheFly veut rendre la capture et la reproduction en trois dimensions aussi simples que la réalisation d’une vidéo. Car pour la 3D, on est encore loin de cette simplicité. Numériser un lieu en trois dimensions exige souvent du matériel dédié, des opérateurs spécialisés et de longs calculs, sans savoir si la capture a réussi avant la fin de la reconstruction.
OnTheFly vient changer la donne. Sa technologie disruptive permet à l’utilisateur de se déplacer dans un espace en filmant avec son téléphone, tandis qu’un jumeau numérique photoréaliste se construit progressivement, directement généré à la volée pendant son déplacement. Il est ainsi possible de repérer immédiatement les zones oubliées et compléter sa capture sans devoir recommencer après plusieurs heures de traitement. Une fois la prise de vue terminée, la scène peut être explorée depuis différents points de vue, puis modifiée et partagée. “OnTheFly permet de capturer un espace visuel et de pouvoir le présenter à distance”, résume Anthony Schoofs, cofondateur et CEO du projet.
La technologie s’appuie sur les travaux de GraphDeco, l’équipe de recherche d’Inria dirigée par George Drettakis, notamment dans le domaine de la reconstruction 3D photoréaliste. Autour d’Anthony Schoofs, spécialiste du transfert de technologie et des relations entre recherche et industrie, l’équipe fondatrice réunit Camille Montemagni et deux spécialistes mondiaux de la 3D, George Drettakis et le chercheur Andréas Meuleman. Le projet a également bénéficié de l’accompagnement d’Inria Startup Studio.
Les applications potentielles sont nombreuses, avec une première cible clairement identifiée : les opérateurs d’infrastructures industrielles. La possibilité de reproduire virtuellement leurs installations pourrait faciliter les inspections visuelles, les échanges techniques et la présentation d’espaces à des interlocuteurs éloignés. D’autres marchés sont envisagés, du divertissement aux effets spéciaux, en passant par l’architecture, l’immobilier et le marketing.
Plusieurs étapes de visibilité ont déjà été franchies, avec une présentation au World AI Cannes Festival en février 2026, puis à SIGGRAPH 2026, rendez-vous international de référence en informatique graphique. Son entrée à l’Incubateur Provence Côte d’Azur marque aussi une nouvelle phase : celle de la structuration entrepreneuriale et de la préparation du lancement commercial. Pour Anthony Schoofs, l’incubation doit aider l’équipe à franchir ce cap sur deux fronts : la création de l’entreprise (choix des statuts, organisation de la gouvernance et différentes étapes de structuration) ; la stratégie commerciale (identifier les premiers clients, déterminer la place d’OnTheFly dans leurs processus de travail, définir le modèle économique et fixer les modalités de tarification). Autrement dit, il s’agit maintenant de passer d’une démonstration technologique exceptionnelle à une offre claire, adaptée aux besoins du marché et capable de trouver son modèle de développement.
