De la recherche à la création d’entreprises innovantes, ils ont su franchir le pas. Fêté à Inria Sophia par l’Incubateur Provence Côte d’Azur, le 25ème anniversaire de la Loi sur l’Innovation qui a facilité ce passage, a donné l’occasion d’une grande revue de belles deeptech lancées par des chercheurs et chercheuses azuréens. L’exemple d’Olivier Clatz est très révélateur. Passionné par l’IA et l’imagerie médicale, ce chercheur a cofondé Therapixel, l’une des belles success story d’Inria, puis piloté, tout simplement, la transformation numérique de la santé en France sur un budget de 2 milliards d’euros. Incroyable parcours.

 

Au croisement de la science, de l’innovation et de la politique publique, quel parcours que celui d’Olivier Clatz ! Ingénieur et docteur en informatique diplômé de l’École des Mines de Paris, il s’est très tôt passionné pour l’imagerie médicale et l’intelligence artificielle. Son doctorat l’a conduit à explorer les potentialités de l’informatique appliquée à la santé, puis un post-doctorat à Harvard Medical School lui a permis d’approfondir ses recherches sur le traitement d’images et la détection automatique de pathologies.

Ensuite, ses années de recherche, notamment à Inria de janvier 2007 à mai 2013, l’ont placé à la croisée de l’innovation scientifique et de la santé publique. Il a pu ainsi développer, en tant que chercheur, une expertise rare, entre science des données, imagerie médicale et apprentissage automatique.

 

Le pas franchi avec Therapixel

Mais c’est en juin 2013, après être entré en incubation à l’incubateur PACA-Est dès fin 2011, qu’il franchit le pas. Avec le mathématicien Pierre Fillard, il cofonde Therapixel, une spin-off d’Inria pionnière dans l’application de l’intelligence artificielle à l’imagerie médicale. “Nous avions tous les deux une motivation commune : être plus ancré dans la réalité, avoir un impact dans la vie des vrais gens,” explique Olivier Clatz. “En montant une société, nos recherches allaient mener à des produits qui servaient à des utilisateurs finaux. Pierre Fillard d’Inria Saclay avait fait une thèse à Sophia Antipolis et nous avions tous deux le même état d’esprit.

Therapixel propose, avec MammoScreen, d’aider les radiologues à détecter plus tôt les cancers du sein grâce à l’analyse automatisée des mammographies. Sa solution phare s’impose rapidement comme une référence mondiale. “2017 est une autre année importante pour nous”, poursuit Olivier Clatz. “Nous sommes lauréats du Digital Mammography DREAM Challenge. C’est la compétition internationale la plus large jamais organisée (1.200 participants) pour améliorer la performance du dépistage du cancer du sein grâce à l’utilisation de l’intelligence artificielle.” Une reconnaissance internationale qui positionne Therapixel comme l’un des leaders mondiaux de l’intelligence artificielle appliquée à la radiologie.

 

Un tournant vers l’action publique

Cette montée en puissance, Olivier Clatz a eu le temps de la préparer en tant que chercheur à Inria Sophia. “Plusieurs années de R&D sont nécessaires pour bousculer un marché et il faut du temps pour trouver le premier client” rappelle-t-il. “Pour réussir, deux adéquations devaient aussi être relevées : la personne et sa capacité de vendre d’un côté ; de l’autre la validation du concept IA et santé qui était alors nouveau.

J’ai accompagné la société jusqu’en 2019, jusqu’au closing d’une levée de fonds de 5 M€. Mais j’ai eu envie ensuite de travailler au service de l’action publique et d’apporter mon expertise dans le financement IA et santé.” Il commence par piloter un fond d’investissement de 30 M€ dans les startups IA et Santé. Puis, alors que le monde est bouleversé par le Covid, c’est à lui que l’on fait appel pour la grande transformation numérique de la santé en France.

 

Il a conçu et piloté le “Ségur Numérique”

J’ai conçu et dirigé le “Ségur Numérique”, un programme national d’investissement de 2 milliards d’euros visant à faire de la France le premier pays comptant plus de 50 millions de citoyens à échanger la majorité des documents de santé (contre moins de 1 % auparavant) via un dossier médical électronique unifié. Ce type de mission dans la fonction publique doit être menée comme le fait un chercheur pour une innovation : avec beaucoup d’agilité, d’inventivité et de conviction.” Un énorme challenge réussi. Ce programme reste aujourd’hui comme une référence pour la transformation numérique de la santé à l’échelle européenne.

La mission publique a duré 5 ans. Elle s’est arrêtée en mai 2025. Depuis, Olivier Clatz est reparti pour un autre challenge : le lancement d’une startup dans les services financiers. Il veut développer une fintech qui apporte une nouvelle offre de gestion des investissements des particuliers. Et il le fait, là aussi, avec l’esprit d’organisation critique du chercheur qui sait qu’il revient à lui seul d’aller trouver les réponses. Le parcours d’Olivier Clatz est loin d’être terminé.

Retour