Le congrès RETIS 2026, qui a réuni à Lille les réseaux français de l’innovation, a délivré un message central sans ambiguïté : pour lever des fonds et changer d’échelle, une startup doit d’abord devenir “bankable”, c’est-à-dire crédible économiquement, avec des fondamentaux solides. Fin juin, l’équipe de l’incubateur a participé aux séances de réflexion et de coconstruction organisées avec cordialité et pertinence par nos collègues d’Eurasanté, l’Incubateur de la Recherche Publique des Hauts de France.

 

Loin de célébrer la levée de fonds à tout prix, les intervenants ont rappelé que le meilleur financement reste souvent celui généré par l’activité elle-même. “Il faut d’abord chercher la rentabilité avec ses clients et ensuite chercher à financer son développement” : la formule résume l’esprit de cette édition, marquée par la prudence vis-à-vis des financements trop précoces. Dans un écosystème devenu plus sélectif, où les fonds scrutent la qualité du business, la vitesse de commercialisation et la capacité à survivre avec des ressources limitées, rentabilité, traction commerciale et modèle économique robuste s’imposent comme les vrais prérequis d’une levée réussie.

 

L’autre grand axe du congrès portait sur l’intelligence artificielle appliquée à l’entrepreneuriat, un sujet dont se sont saisies de nombreuses structures d’accompagnement, avec une diversité d’outils s’appuyant sur les principaux grands modèles de langage (LLM). L’approche défendue à Lille se veut pragmatique : dans l’appui à l’entrepreneuriat l’IA générative n’a guère d’intérêt pour rédiger les mails du quotidien, mais devient très efficace pour passer du problème à l’idée, construire une identité de marque, concevoir un MVP ou accélérer les tâches d’analyse et de recherche d’information. La session “Le startup manager augmenté” a présenté des outils concrets pour les métiers de l’incubation, tandis qu’un volet dédié à l’éthique et à la sécurité économique rappelait les enjeux de confidentialité, de souveraineté des données sensibles et de sobriété environnementale des usages.

 

Sur les finances, le congrès a croisé les regards d’acteurs européens de premier plan. Le BioPark de Charleroi, en Belgique, est intervenu dans la séquence consacrée à la refonte des modèles économiques des structures d’accompagnement, illustrant la transformation des technopoles elles-mêmes. Les investisseurs ScaleFund et 404 Ventures ont contribué à la table ronde dédiée à l’évolution du financement early stage, confirmant la tendance de fond : moins d’argent facile, plus d’exigence sur les fondamentaux, et une attention accrue portée à l’usage raisonné du capital avant toute nouvelle levée. Mais aussi un intérêt renouvelé pour les entreprises DeepTech de certains investisseurs capables d’intervenir en amorçage puis dans les premiers tours (séries A voire B).

 

Enfin, la journée du 25 juin a fait la part belle au codéveloppement, un format d’intelligence collective appliqué aux sujets du quotidien des membres du réseau : refondre ses programmes d’accompagnement, créer une offre d’open innovation, bâtir un club deal ou encore concevoir un startup studio ou un venture builder. C’est sans doute l’un des enseignements les plus structurants de cette édition : au-delà du « comment financer » traditionnel, les réseaux d’innovation se concentrent sur la manière de mieux organiser l’émergence, l’outillage et la mise à l’échelle des projets. Une conviction qui rejoint le fil rouge du congrès : l’innovation territoriale  doit se traduire en entreprises solides.

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