
Marion Négrier : la recherche fondamentale et l’entrepreneuriat pour la transition écologique
Une nouvelle génération de scientifiques-entrepreneurs qui transforment la recherche publique en solutions concrètes pour la transition écologique : c’est ce qu’incarne Marion Négrier. Docteure en matériaux à Mines Paris – PSL/ spécialisée dans la chimie des polymères et les procédés de mise en forme des matériaux, elle a fondé BlendCel pour s’attaquer au recyclage textile avec une double ambition : réduire la dépendance aux plastiques fossiles et lutter contre la fast fashion. Deux sujets majeurs aujourd’hui.
Passionnée par la chimie et le métier d’ingénieur
Pour réussir ce challenge, celle qui a su transformer une aspiration initiale vers la médecine vétérinaire en une carrière dédiée à la chimie verte compte sur sa double compétence de chimiste mais aussi d’ingénieur. “Après deux années de prépa, je me suis aperçue que ce que j’aimais, c’était à la fois la chimie et les métiers d’ingénieur qui permettent de résoudre des problèmes et de donner un impact concret à la recherche scientifique”, se rappelle Marion Négrier. “J’avais aussi opté pour une école d’ingénieur en agroalimentaire.”
Mais c’est finalement la chimie qui a pris temporairement le pas. Après son diplôme d’ingénieur en agroalimentaire, option chimie et bio-ingénierie, elle a effectué un stage à l’EPFL (École Polytechnique Fédérale de Lausanne) sur l’extraction de molécules du bois pour la fabrication de cosmétiques et plastiques. Puis elle s’est engagée dans une thèse de doctorat au Centre de Mise en Forme des Matériaux (CEMEF) de Mines Paris – PSL, sur le recyclage des déchets textiles biosourcés en matériaux à haute valeur ajoutée, notamment les aérogels de cellulose pour des applications en libération contrôlée.
Le coup de pouce du prix i-PhD en 2024
Elle n’en a pas oublié pour autant son autre vocation. Le tournant sur la création d’entreprise a été pris ensuite à travers un “Mastère Spécialisé Entrepreneuriat Deeptech et Innovation” de l’école, qui a préparé Marion Négrier à lancer son projet entrepreneurial initialement baptisé Texup. Celui-ci reçoit un sérieux coup de pouce avec un Prix I-PhD en septembre 2024, tandis que, parmi d’autres signes de reconnaissance, Marion Négrier est distinguée en octobre 2025 par le prix Jeunes Talents L’Oréal-UNESCO “Pour les Femmes et la Science” qui lui est attribué pour ses travaux visant à transformer les déchets textiles en matériaux durables.
Grâce à l’accompagnement et aux différents financements accordés pour la thèse et le prix i-PhD, BlendCel est désormais prête au lancement. “La technologie est au point et nous avons défini trois gammes de produits : un matériau très léger pour remplacer les plastiques d’emballage ; un matériau zéro plastique, type résine, pour l’ameublement et les jouets ; une poudre de cellulose pour la construction qui vient améliorer les propriétés des bétons, des peintures ou des enduits. Pour tout cela, nous utilisons n’importe quel déchet textile qui contient du végétal.”
Objectif : installer des lignes de production
“L’objectif est de mettre en place un prototype de ligne de production au CEMEF de Sophia Antipolis. Il nous permettra d’initier une première production de produits recyclés et d’optimiser nos processus. Il s’agira également de nouer des partenariats avec l’industrie textile, les transformateurs de matériaux et les marques engagées dans l’économie circulaire. Notre objectif est d’installer des lignes de production (pour l’ameublement, la construction ou autres) directement sur des sites de recyclage chimique.”
Une phase industrielle qui va s’engager et qui donnera l’occasion à Marion Négrier de réunir en plein ses deux passions, chimie et métier d’ingénieur.
