
“Mettre ses compétences au service d’un projet concret, ce n’est pas le travail d’un chercheur”, estime Stefania Residori. C’est ce qui a poussé cette chercheuse en optique hors pair, directrice de recherche au CNRS, à sauter le pas et à entrer dans le monde de l’entrepreneuriat. “Je voulais décliner mes recherches en services, mettre mes compétences en systèmes optiques au cœur d’applications concrètes”, explique-t-elle. De cette volonté de concrétisation est née Hoasys, deeptech qu’elle a co fondée en 2019 avec Umberto Bortolozzo, chercheur comme elle, mais à Université Côte d’Azur. Un passage à l’entrepreneuriat que lui a facilité la loi sur l’innovation, dont les 25 ans ont été fêtés en fin d’année 2024 à Inria par l’Incubateur Provence Côte d’Azur.
Un parcours de chercheur éloquent
En tant que chercheuse, le parcours de Stefania est éloquent. Quelques points de repère : PhD, Université de Florence en 1993 ; chercheuse au National Institute of Optics (Florence, Italie) de 1994 à 1998 ; Directrice de recherche CNRS Institut Non Linéaire de Nice depuis 1998 ; Directrice de thèse dans plusieurs établissements français (Université Côte d’Azur, CNRS) ; Fellow Optica (2022) pour ses “contributions exceptionnelles à l’optique non linéaire et la dynamique des cristaux liquides”.
Le rapprochement avec l’incubateur
Son parcours en tant qu’entrepreneur a commencé, lui, à s’élaborer en 2018 à partir d’un rapprochement avec l’incubateur. “En tant que chercheur, beaucoup de choses pratiques nous sont relativement inconnues. L’incubateur nous a permis de mieux comprendre et gérer les problématiques comptables, juridiques et administratives. Nous avons bénéficié de formations sur la façon de construire un business plan, de communiquer, de constituer un réseau. L’incubateur nous a permis de créer la société en 2019 et d’obtenir un hébergement pendant deux ans avec un loyer favorable.”
Le coup de pouce d’i-Lab
L’accompagnement a porté aussi sur la préparation aux prestigieux concours nationaux. Avec succès. Hoasys a ainsi été lauréat i-Lab 2020 avec le projet Hyper-Eye. Orienté santé, il consiste à développer et commercialiser un module d’analyse hyperspectrale conçu pour l’analyse de l’œil. Cet outil de diagnostic permet de mesurer des paramètres importants et de détecter des maladies de l’œil, comme le vieillissement maculaire dû à l’âge, les pathologies de la cornée ou le taux d’oxygénation des tissus analysés.
Le développement d’un appareil de diagnostic des maladies de l’oeil
“Un appareil de diagnostic des maladies de l’œil a pu être conçu en collaboration avec le laboratoire d’excellence ophtalmologique BiiGC (Biologie, ingénierie et imagerie de la Greffe de Cornée) de l’Université Jean Monnet de Saint Etienne, laboratoire engagé dans les transferts industriels. Cet appareil est utilisé dans les hôpitaux, mais aussi pour des phases de tests cliniques. Nous travaillons également sur une ligne de capteurs optiques pour le monitorage ou l’automobile, ou encore nous réalisons des études sur des projets optiques. Notre ambition aujourd’hui est de terminer la R&D de ces lignes de produits et de lever des fonds pour accélérer.”
Un statut de chercheur qui sécurise
“Dans ce passage à la création d’entreprise, la loi sur l’innovation nous a aidés à travers nos statuts de chercheur. Ainsi certains collègues ont obtenu un détachement de l’université (ce qui leur permettait initialement de ne pas perdre leur poste). Pour ma part, avec le CNRS, j’ai bénéficié d’un statut de mise à disposition, ce qui a contribué à une sérénité personnelle dans ce changement de vie de chercheur à entrepreneur.”
Un passage bien vécu
Un changement que Stefania assure avoir très bien vécu. “Certes, le rythme est plus serré que celui du chercheur et le temps est plus que jamais précieux. Mais ce qui est passionnant c’est de voir comment il est possible de résoudre des problèmes concrets, d’avoir des relations avec des réseaux différents, d’élargir son horizon.” Tout ce qu’elle cherchait initialement dans sa tentation de l’entrepreneuriat.
